Filmographie

Ces notices concernent les films du cycle « Tsiganes, nomades : un malentendu européen », cinéma des Trois Luxembourg, Paris 5e, du 5 au 11 octobre 2011. Ces fiches sont réalisées par Nicolas Geneix.

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Roms, tsiganes, nomades – un malentendu européen

Le colloque « “Tsiganes”, “Nomades” : un malentendu européen » s’est tenu à Paris et à Pau en octobre et novembre 2011.

Ce colloque scientifique fut composé de deux volets :

  • À Paris, du 6 au 9 octobre 2011, « Tsiganes », « Nomades » : un malentendu européen. Il a été accompagné d’un cycle de films au cinéma Trois Luxembourg, du 5 au 11 octobre 2011.
  • À Pau, les 24 et 25 novembre 2011, « Tsiganes », « Nomades » : le cas français.

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La pierre lancée

(Feldobott kö)

Fiction de Sándor Sára ; Hongrie, 1968, 1h31, noir et blanc. Studio n° 3 de MAFILM. Scénario : Sándor Csoóri, Ferenc Kósa, Sándor Sára. Musique : András Szöllösy. Décors : László Duba Distribution : Lajos Balázsovits (Balázs), Todor Todorov (Ilias, le jeune Grec), János Pásztor (le père), Katalin Berek (la mère), József Bihary (le grand-père), Nadesda Bihary (Irini), László Bánhidy (Tonton János).
Sélectionné au Festival de Cannes 1968 (annulé).

Synopsis

Budapest, 1950. Balázs Pásztor, fils d’un cheminot, se présente à l’examen d’admission à l’Ecole Supérieure de Cinéma. Mais comme son père a été arrêté sous une fausse accusation, il est refusé. Il accepte un poste de géomètre. Dans son travail, il se lie d’amitié avec un couple de réfugiés grecs, Ilias et Irini. L’homme, un ancien partisan, d’une honnêteté rigoureuse, devient un modèle pour Pásztor. Ils travaillent à l’aménagement d’un centre de hameaux dans la Grande Plaine. C’est l’époque où les coopératives sont imposées par la force et les villageois, exaspérés, assomment Ilias à la suite d’un malentendu. Balázs s’engage dans un autre travail où il est témoin de l’humiliation d’une communauté tsigane. Il y fait des photos avec lesquelles il repart pour passer l’examen d’admission à l’Ecole Supérieure. (Source : Le Cinéma hongrois, sous la direction de Jean-Loup Passek, Centre Pompidou, 1979).

À propos du film et de son époque

Ce film s’inscrit dans une époque bien particulière de la cinématographie hongroise, celle des Sans-espoir de Miklós Jancsó (1965), des Jours glacés d’András Kovács (1966) et des Dix mille soleils de Ferenc Kósa (1967). Ce dernier, retrouvant aussi Sándor Csoóri, contribue au scénario de La Pierre lancée, laissant ici la place de réalisateur à son opérateur, Sándor Sára. On ne s’étonnera pas qu’une même équipe affiche de nouveau les mêmes préoccupations, c’est-à-dire la vision critique, éventuellement lyrique, de l’histoire récente de la Hongrie. Jean-Pierre Jancolas (op. cit.) a pu parler de « Grand Atelier », centre d’une Renaissance artistique qui voit émerger des œuvres formellement très différentes. Si Jancsó est plus visionnaire et Kovács plus moraliste, le « tournant de 1963 » s’incarne d’abord dans la génération des Studios Béla Balázs, nouveau cadre de travail permis par un Etat soucieux de son image de marque en Occident. Mais au-delà de ces possibilités institutionnelles, le discours, lui, s’inspire de ce que disent les films des Nouvelles Vagues européennes, polonaise et italienne notamment, française parfois.

Dans La Pierre lancée, le réquisitoire anti-stalinien ne fait aucun doute, et le film, qui sort en France en 1970, sera d’abord vu sous cet angle. Plus précisément, ce sont les années précédant 1956, et notamment les quatre années qui vont de 1949 à l’été 1953 (le « nouveau programme de gouvernement ») qui sont ici évoquées, comme dans nombre d’autres films hongrois. L’intérêt porté ici aux minorités marque la singularité de La Pierre lancée. L’itinéraire individuel d’un personnage témoin de la condition des immigrants et des Tsiganes dans son pays a bien sûr valeur de symbole, mais c’est avant tout un regard douloureux, en partie autobiographique d’ailleurs, qui s’exprime. On n’est pas si loin de la démarche de Cantate (1962), l’un des premiers Jancsó, qui faisait voyager un jeune médecin trop sûr de lui et du temps présent de la capitale jusqu’à son village natal bien oublié. Il était alors obligé de reconnaître la compétence d’un vieux chirurgien qu’il croyait dépassé et le courage d’un père avec lequel il peine à parler. Une séquence enchâssée, sous couvert de film dans le film, faisait aussi très nettement allusion à la communauté juive et à des persécutions pas si lointaines… Le propos de Sándor Sára est cependant ici plus frontal, jusque dans la très explicite mise en abyme. C’est bien « le présent et le passé d’une société » (J.-P. Jancolas) qui sont ici scrutés, dans un style qu’on a pu juger « hiératique » (Yvonne Baby, dans Le Monde) en raison du noir et blanc et de la diction très marqués. Or, il s’agit de donner à voir les souffrances d’un peuple qu’on ne veut pas, ou plus, définir ici trop abstraitement : ces minorités, et ces Tsiganes donc, sont, comme le protagoniste au nom banal et symbolique, des Hongrois, rendus visibles par le film. On peut alors penser, encore, à Jancsó qui voulait de film en film « savoir comment sont les Hongrois », nécessaire examen de conscience qui permettrait de devenir « enfin un peuple adulte ».

Le réalisateur, Sándor Sára : C’est d’abord un grand opérateur, largement responsable de la puissance visuelle des Dix mille soleils, et qui plus tard travaillera avec István Szabó. La première minute, sorte de pré-générique, donne le la de La Pierre lancée : un montage photo subtilement mémoriel, entre intimité et Histoire, alterne visages jeunes et vieux et vastes plaines, et des chevaux comme chez Kósa et Jancsó. Des photos en train de sécher, tant elles sont imbibées de présent, clôtureront le film. Le protagoniste court, écoute, regarde : un peu plus qu’« ego imaginaire » (Milan Kundera) pour le cinéaste, Balázs sera notre guide et ses yeux grand ouverts, les nôtres. Sára avait réalisé, en collaboration avec István Gaál, un court métrage intitulé Tsiganes (Cigányok, 1962), qui tenait du constat et du plaidoyer. Il n’est pas alors surprenant que son premier long métrage témoigne de nouveau d’une préoccupation originale, et à certains égards, « courageuse » (J.-P. Jancolas). On a même pu voir dans la simplicité et la franchise de ses personnages de Tsiganes « le point de vue de Sára lui-même » (Mira et Antonin Liehm, Les Cinémas de l’Est, 1989). Cette posture s’avère d’autant plus intéressante que le titre souligne bien l’attachement du cinéaste à sa terre, puisqu’il se réfère au poète patriote et critique Endre Ady

« La pierre que tu lances retombe sur terre… »
Débat avec Jean-Yves Potel (historien) et Michael Stewart (anthropologue), sous réserve.

« Je ne sais pas. A part peut-être HYPERLINK « http://www.telerama.fr/cinema/films/latcho-drom, 27337,critique.php » Latcho Drom et Liberté que j’ai fait pour casser les préjugés sur la population gitane. Je n’essaie pas de changer le monde d’aujourd’hui car c’est impossible, comment veux-tu redresser un arbre qui pousse de travers ? Par contre, ces films sont faits pour les générations futures, pour changer les préjugés de nos enfants. »

Dans ce dossier

Drame dans le camp de tsiganes de la région de Moscou

Fiction de Vladimir Siversen (réalisateur et opérateur) ; Russie, 1908, 2 min. 17 s. Production : Compagnie Khanjonkov et Osh. Date de première diffusion : 20 décembre 1908 (source : Kinogaz.fr). Le film lance la carrière du producteur Alexandre Khanjonkov, qui sera déchu de ses droits en 1917. …

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Das Falsche Wort

(Le Mensonge)

Documentaire de Katrin Seybold (réalisation) et Mélanie Spitta (scénario, voix off) ; Allemagne, 1987, 1h23.Opérateurs : Alfred Tischawsky, Heiner Stadler, Klaus Bartels. Musique : Georges Boulanger.

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Les Romanes

Documentaire de Jacques Deschamps (réalisation, écriture et son) ; France, 2011, 72 min., HDV – inédit. Montage : Agnès Bruckert. Producteur délégué : Agat films & Cie. Distributeur : Doc and Film International.

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La place

Documentaire de Marie Dumora (réalisation, écriture, photo) ; France, 2010, 1h50 – inédit. Ingénieure du son : Aline Huber. Production : Estelle Fialon, Les Films du Poisson.

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Latcho Drom

Documentaire de Tony Gatlif (réalisation et scénario) ; France, 1992, 1h43. Image : Eric Guichard. Montage : Nicole Berckmans. Ingénieur du son : Nicolas Naegelen. Direction artistique : Denis Mercier. Assistant réalisateur : Alexandre Gavras. Conseiller musical : Alain Weber. Avec : Tchavolo …

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District !

(Nyócker!)

Film d’animation de Aron Gauder (Hongrie, 2004, 1h25). Scénario de Máriusz Bari, Viktor Nagy, László Jakab Orsós, Erik Novák (producteur). Animateurs : Eva Mandula, Kincso Palotas (monteur), Gergo Kozma, Melinda Nyulasz, Sandor Biro, Györgyi Palfianita Niklesz, Tamas Horvarth. Conception graphique …

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Les tsiganes montent au ciel

(Tabor ukhodit v nebo)

Fiction de Emil Loteanou ; URSS, 1976, 1h41. Scénario : Emil Loteanou, d’après Gorki, notamment le récit Macare Tchudra. Photographie : Sergueï Vronski. Son : Mark Bronchtein. Décors : Felix Yassioukevitch. Costumes : Mikhaïl Antonian. Musique : Evgueni Doga ; orchestre symphonique du Bolchoï. …

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Jimmy Rivière

Fiction de Teddy Lussi Modeste ; France, 2011,1h40. Scénario : Teddy Lussi Modeste et Rebecca Zlotowski. Photographie : Claudine Natkin. Montage : Albertine Lastera. Son : Antoine Corbin, Julien Ngo Trong et Mélissa Petitjean. Musique : Rob. Décors : Citronelle Dufay. Costumes : Caroline Tavernier. …

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Gitano

Fiction de Manuel Palacios ; Espagne, 2001, 1h46. Scénario : Manuel Palacios et Arturo Pérez Riverte Photo : Hans Burmann, Angel Hernandez Zoido. Musique : Eca Gancedo. Durée : 1h46. Distribution : Joaquín Cortès (Andrés Heredia), Laetitia Casta (Lucia Junco), Marta Belaustegui (Lola Junco), Ginés …

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J’ai même rencontré des tsiganes heureux

(Skupljaci perja)

Fiction de Aleksandar Petrovic (réalisation scénario, musique); Yougoslavie, 1967, 1h34. Photographie : Tomislav Pinter ; montage : Mirjana Mitic ; décors : Veljko Despotovic ; costumes : Maja Galasso. Interprétation : Bekim Fehmiu (Bora), Olivera Vuco (Lence), Velimir « Bata » Zivojinovic (Tisa), …

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Kenedi goes back home

(Kenedi se vra a ku i)

Documentaire de Želimir Žilnic ; Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro), 2003, 1h13. Photo : Miodrag Milosevic. Son : Vladimir Stanojevic (enregistrement du son), Danijel Milosevic (montage sonore et mixage). Montage : Marko Cvejic. Avec Kenedi Hasani, Denis Ajeti, Orhan Berisa…

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Des français sans histoire

Documentaire de Raphaël Pillosio ; France, 2009, 84 min, HDV. Image : Jérémie Jorrand Son : Fabrice Marache. Montage : Aurélien Manya. Avec Ignacio Gimenez, Louise Dourlet, Denise Weiss… Co-production l’atelier documentaire / 24 Images / Le Mans Télévision.

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