Latcho Drom
Tony Gatlif
Documentaire de Tony Gatlif (réalisation et scénario) ; France, 1992, 1h43.
Image : Eric Guichard.
Montage : Nicole Berckmans.
Ingénieur du son : Nicolas Naegelen.
Direction artistique : Denis Mercier.
Assistant réalisateur : Alexandre Gavras.
Conseiller musical : Alain Weber.
Avec : Tchavolo Schmitt, Margita Makulová, La Caíta…
Langues : français, romani, turc, slovaque, rajasthani, hongrois, arabe, espagnol.
Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes (1993).
A la question Pourquoi filmez-vous ?, en 2010
« Je ne sais pas. A part peut-être Latcho Drom et Liberté que j’ai fait pour casser les préjugés sur la population gitane. Je n’essaie pas de changer le monde d’aujourd’hui car c’est impossible, comment veux-tu redresser un arbre qui pousse de travers ? Par contre, ces films sont faits pour les générations futures, pour changer les préjugés de nos enfants. »
À propos du film
Il s’agit du second volet du « triptyque tsigane », ainsi que le nomme Tony Gatlif, entre Les Princes et Gadjo Dilo. Tsigane lui-même, le cinéaste se dira cependant fasciné par les hommes et les femmes qu’il rencontre et qu’il filme. Dans un entretien daté de 2002, Gatlif affirme avoir enregistré un moment culturel menacé, parce que la transmission ne se fait plus, parce que les jeunes ne s’y retrouvent plus : Latcho Drom serait alors un témoignage de ce qui va disparaître, la trace historique d’une mémoire collective qui ne passe pas par l’écriture. Sans mots dits, mais empli de chants, ce film s’adresse « aux Gitans comme aux non-Gitans ».
Le tournage de Latcho Drom (« Bonne route », souhait crucial pour l’itinérant), aura suivi des chemins variés, et comme dans un « rêve » selon Gatlif : Espagne, France, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Turquie, Egypte, Inde. Au rythme qui s’envole essaient de coller les images de voies qui ne sont pas des sentiers battus : un cheval monté file en forêt, des arbres défilent en alternance avec une voie ferrée que croisent des oiseaux libres de ne pas suivre les itinéraires tout faits. Le montage s’efforce de suivre les mélodies, et c’est un défi lorsque le violoniste s’élance. Filmer ces musiques, c’est épouser le tempo des doigts sur l’instrument et des corps en mouvement. Et la caméra aussi se meut : elle s’élève pour mieux donner à voir et entendre, elle suit un petit garçon témoin et guide.
Partout, des routes, donc, et qui commencent aux rues que l’on franchit : des itinéraires nombreux, qui mènent à des ailleurs tous profondément « là ». Si les regards et les esquisses d’histoires se multiplient, c’est dans une unité variée de lieux et de traits. En un mot : une culture – ensemble l’on chante, ensemble l’on danse, ensemble l’on vit. Les voix, les visages sont sublimés dans le souvenir des persécutions (« D’Hitler à Franco nous avons été les victimes de leurs guerres », chante La Caíta) comme dans l’énergie du présent filmé. Latcho Drom est une arche qui navigue sans frontières ni d’espace ni de temps.
« Il y a toujours une route dans les films de Tony Gatlif. Une route qui ne mène nulle part. Pour aller, simplement. Parce qu’il est gitan, d’origine, et que ses films racontent toujours l’histoire de quelques paumés qui avancent, vaille que vaille, ou restent en rade, sur le bord de la route. Ceux de La Terre au ventre (quatre femmes dans une ferme pendant la guerre d’Algérie), de Rue du départ (des marginaux en bordure d’un périphérique), de Pleure pas my love, où un jeune homme fonce sur sa moto parce que la route, croit-il, conduit de l’autre côté de la vie : vers le cinéma. (…) Le voyage part du berceau millénaire du peuple gitan, au nord-ouest de l’Inde, et s’achève devant de grands ensembles modernes d’un monde dit civilisé. Au départ, une route invisible, enfouie dans les sables du désert. Seule la main de l’homme y dépose ses repères. Et Gatlif filme ces gestes silencieux, qui tracent des signes éphémères ou travaillent la terre. Puis les corps se reposent et, dans des oasis, se préparent à la fête. Car Latcho drom est aussi, et surtout, une fête. Ininterrompue. Chants, danses, préparatifs, maquillages, répétitions, improvisations : la route invisible de Tony Gatlif prend forme dans l’euphorie de toutes les musiques. Autour : la misère ; mais pour avancer : la joie, coûte que coûte. Nous traversons alors avec légèreté les paysages. Nous apercevons les petits boulots que chacun exécute, pour survivre. Nous prenons part à l’installation des rites, à la réunion des groupes. Mais ce que nous offre Latcho drom, c’est l’espoir d’un peuple que la musique célèbre sans cesse. (…) Joie visible des hommes et des femmes célébrant ensemble leur communauté et leur passion de vivre. Douleur d’être chassés à tout jamais, sans raison, de la société des hommes. Une vieille femme chante, d’une voix tremblante. La caméra glisse sur son visage fatigué, puis sur son bras, marqué d’un numéro. La route passe aussi par Auschwitz. Mais, entre l’ivresse des réunions (dont le point culminant est peut-être la fête religieuse, tous les peuples confondus, ensemble pour célébrer la Vierge) et la persécution, Latcho drom ne se dépare pas d’une certaine fierté. Les plus misérables y sont des êtres droits, prêts à accueillir d’autres solitaires. Sur le quai d’une gare, un petit orchestre tsigane réconforte un enfant et sa mère. Comme s’il n’avait été là que pour ça. Et les visages s’offrent à la caméra malgré le dénuement le plus extrême. La force de Latcho drom, c’est l’absence de compassion du cinéaste pour ceux qu’il filme. Ni psychologie ni discours. Il fait corps avec eux. De même, Latcho drom, ni fiction ni documentaire, est un film marginal. Précisément. Heureusement. Quand la caméra quitte enfin la route, elle s’élève, abandonnant quelques femmes dans un paysage désolé. Elles chantent encore, mais d’une voix écorchée, criant leur droit de vivre, elles aussi, tout autant qu’on laisse vivre les chiens. Car la fierté ne peut pas toujours contenir la colère. Devant elles : un horizon d’immeubles vides que nous venons de voir murer. Les vagabonds n’y trouveront pas refuge. Bonne route ? Le cœur se serre. Il le faut bien, la trouver bonne. Car, au fond, chacun sait que c’est une route d’exclusion, d’abandon, de solitude, que seule la musique, finalement, permet de supporter en attendant la mort. »
(Philippe Piazzo, Télérama, n° 2286, novembre 1993,)
« Pour moi, les Tsiganes, ce sont des gens qui résistent, qui ne cèdent sur rien. J’ai été frappé en découvrant ces anarchistes cent pour cent qui ne craignent rien ni personne. Rejetés, ils ont fait le vide autour d’eux. Dans ce village isolé, où même les chevaux ont du caractère et mordent, personne ne prend le risque d’entrer. Sauf les flics, mais ils ne s’y aventurent qu’avec des chiens… » (Tony Gatlif)
Séance en présence du réalisateur. Débat animé par Dominique Chansel
Drame dans le camp de tsiganes de la région de Moscou
Vladimir Siversen
Fiction de Vladimir Siversen (réalisateur et opérateur) ; Russie, 1908, 2 min. 17 s. Production : Compagnie Khanjonkov et Osh. Date de première diffusion : 20 décembre 1908 (source : Kinogaz.fr). Le film lance la carrière du producteur Alexandre Khanjonkov, qui sera déchu de ses droits en 1917. …
Das Falsche Wort
(Le Mensonge)
Katrin Seybold, Mélanie Spitta
Documentaire de Katrin Seybold (réalisation) et Mélanie Spitta (scénario, voix off) ; Allemagne, 1987, 1h23.Opérateurs : Alfred Tischawsky, Heiner Stadler, Klaus Bartels. Musique : Georges Boulanger.
Les Romanes
Jacques Deschamps
Documentaire de Jacques Deschamps (réalisation, écriture et son) ; France, 2011, 72 min., HDV – inédit. Montage : Agnès Bruckert. Producteur délégué : Agat films & Cie. Distributeur : Doc and Film International.
La place
Marie Dumora
Documentaire de Marie Dumora (réalisation, écriture, photo) ; France, 2010, 1h50 – inédit. Ingénieure du son : Aline Huber. Production : Estelle Fialon, Les Films du Poisson.
District !
(Nyócker!)
Aron Gauder
Film d’animation de Aron Gauder (Hongrie, 2004, 1h25). Scénario de Máriusz Bari, Viktor Nagy, László Jakab Orsós, Erik Novák (producteur). Animateurs : Eva Mandula, Kincso Palotas (monteur), Gergo Kozma, Melinda Nyulasz, Sandor Biro, Györgyi Palfianita Niklesz, Tamas Horvarth. Conception graphique …
La pierre lancée
(Feldobott kö)
Sándor Sára
Fiction de Sándor Sára ; Hongrie, 1968, 1h31, noir et blanc. Studio n° 3 de MAFILM. Scénario : Sándor Csoóri, Ferenc Kósa, Sándor Sára. Musique : András Szöllösy. Décors : László Duba Distribution : Lajos Balázsovits (Balázs), Todor Todorov (Ilias, le jeune Grec), János Pásztor (le père), Katalin …
Les tsiganes montent au ciel
(Tabor ukhodit v nebo)
Emil Loteanou
Fiction de Emil Loteanou ; URSS, 1976, 1h41. Scénario : Emil Loteanou, d’après Gorki, notamment le récit Macare Tchudra. Photographie : Sergueï Vronski. Son : Mark Bronchtein. Décors : Felix Yassioukevitch. Costumes : Mikhaïl Antonian. Musique : Evgueni Doga ; orchestre symphonique du Bolchoï. …
Jimmy Rivière
Lussi Modeste
Fiction de Teddy Lussi Modeste ; France, 2011,1h40. Scénario : Teddy Lussi Modeste et Rebecca Zlotowski. Photographie : Claudine Natkin. Montage : Albertine Lastera. Son : Antoine Corbin, Julien Ngo Trong et Mélissa Petitjean. Musique : Rob. Décors : Citronelle Dufay. Costumes : Caroline Tavernier. …
Gitano
Manuel Palacios
Fiction de Manuel Palacios ; Espagne, 2001, 1h46. Scénario : Manuel Palacios et Arturo Pérez Riverte Photo : Hans Burmann, Angel Hernandez Zoido. Musique : Eca Gancedo. Durée : 1h46. Distribution : Joaquín Cortès (Andrés Heredia), Laetitia Casta (Lucia Junco), Marta Belaustegui (Lola Junco), Ginés …
J’ai même rencontré des tsiganes heureux
(Skupljaci perja)
Aleksandar Petrovic
Fiction de Aleksandar Petrovic (réalisation scénario, musique); Yougoslavie, 1967, 1h34. Photographie : Tomislav Pinter ; montage : Mirjana Mitic ; décors : Veljko Despotovic ; costumes : Maja Galasso. Interprétation : Bekim Fehmiu (Bora), Olivera Vuco (Lence), Velimir « Bata » Zivojinovic (Tisa), …
Kenedi goes back home
(Kenedi se vra a ku i)
Želimir Žilnic
Documentaire de Želimir Žilnic ; Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro), 2003, 1h13. Photo : Miodrag Milosevic. Son : Vladimir Stanojevic (enregistrement du son), Danijel Milosevic (montage sonore et mixage). Montage : Marko Cvejic. Avec Kenedi Hasani, Denis Ajeti, Orhan Berisa…
Des français sans histoire
Raphaël Pillosio
Documentaire de Raphaël Pillosio ; France, 2009, 84 min, HDV. Image : Jérémie Jorrand Son : Fabrice Marache. Montage : Aurélien Manya. Avec Ignacio Gimenez, Louise Dourlet, Denise Weiss… Co-production l’atelier documentaire / 24 Images / Le Mans Télévision.